A toi qui vas mourir de ta propre vie.

Aveugle tu es ! Aveugle tu resteras!

Le mot, gypse éphémère, construit des murets fragiles et insouciants qui courent, gazouillent et s’égaillent, libres dans la pensée joyeuse ou silex insensible, bâtit des murailles sombres et hideuses, immobiles et muettes, s’arc-queboutant impassibles sous la poussée d’une capture emprisonnée.

Les mots tissent des nids, sources de vie ou des toiles gluantes, pièges de tous les devenirs. Les mots sont menteurs, les mots sont moqueurs ; ils sont vérité, amour. Ils grouillent en amas visqueux mortels ou planent lumineux sur le chemin de notre vie.

Le mot est matière. Il piège, prédateur lucifuge, la pensée de son éternité et la jette dans notre monde chaotique mortel que l’apocalypse libérera.

Le mot creuse des fosses suintant de haine où se noie l’humanité. Il connaît tous les secrets, propage tous les mensonges et fait de nous de misérables sceptiques.

Le mot, destructeur contempteur se meurt.

Le chiffre profit, hideux dans sa logique l’a crucifié sur son indifférence. Son idiome est impénétrable, c’est un barbare implacable. Il ne connaît pas la  haine. Il calcule.

Le mot est mort.

Toi qui me lis, Toi qui me vois, Toi qui me parles, pardonnes moi. A vouloir T’imaginer avec des mots, à vouloir T ‘ emprisonner dans des idoles figées, sans l’intelligence,  je m’éloigne de Toi. Je deviens « vanité et poursuite du vent ».

Tu te laisses percevoir dans Ton irréalité, dans ton Esprit. Tu seras toujours le même absolu dans la plus grande des diversités. Toi Qui Es, Maître incontesté de Ta Création, Tu guideras notre quête. Sans Toi, où suis-je ? Nulle part ! Je ne suis rien. Loin, très loin, je suis trop loin.

Il n’existe qu’une seule et véritable image, c’est celle que personne ne verra et ne pourra peindre avec ses mains ou simuler avec des 0 et des 1.

Je suis de toutes les morts et de toutes les vies, de cette éternité absurde, je n’en veux pas. Elle ne dure que le temps d’une immortalité. Je veux être hors du temps et de l’espace, je veux m’arracher à la matière, à la gravité,  je veux être pensée, je veux tutoyer l’absolu, je veux comprendre sans les mots, aimer sans mon corps.