Amour, amour, tout le monde en parle, tout le monde s’y réfère. Personne ne le cherche, personne n’y croit. Tout n’est qu’hypocrisie, mensonge et mépris. Cet amour galvaudé a perdu toute sa signification, toute son essence. Pourtant il Est. L’homme se retrouve seul, perdu dans sa peur et dans le désenchantement qu’il a lui - même provoqué. Il se met en quête de pouvoirs occultes, magiques. Il pense être libre, maître de sa destinée, avoir de la puissance, fabriquer son propre divin. Il rejette le mystère, Celui qui Est. Mais qui est-il cet avorton qui se croît encore au centre de l’univers, qui se prend pour Dieu lui–même?

                      Pourquoi désirer parler de l’Amour, alors que Jésus l’a si bien fait ? Peut - être par ce que l’on ne peut pas s’en empêcher. Parler d’Amour c’est louer Celui qui Est.Charité dans le sens de porter secours, faire du bien ou l’aumône relève de la confusion et de l’incompréhension. Pour un chrétien, il s’agit de l’Amour de Dieu en tant qu’amour d’essence divine. On parle d’Amour agapè. Nous sollicitons l’amour de Dieu quand nous  aussi nous aimons  nos prochains je dirai d’un amour « déclencheur »  en phase avec l’agapè. 

 De l’Amour  -  1 Corinthiens 13   Lettre de Paul

 « 13:1 Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.

13:2 Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien.

13:3 Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

13:4 La charité est patiente, elle est pleine de bonté; la charité n'est point envieuse; la charité ne se vante point, elle ne s'enfle point d'orgueil,

13:5 elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne soupçonne point le mal,

13:6 elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité;

13:7 elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.

13:8 La charité ne périt jamais. Les prophéties prendront fin, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra.

13:9 Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie,

13:10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra.

13:11 Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui était de l'enfant.

13:12 Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu.

13:13 Maintenant donc ces trois choses demeurent: la foi, l'espérance, la charité; mais la plus grande de ces choses, c'est la charité.

14:1 Recherchez la charité. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie.

14:2 En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c'est en esprit qu'il dit des mystères.

14:3 Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console.

14:4 Celui qui parle en langue s'édifie lui-même; celui qui prophétise édifie l'Eglise.

14:5 Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n'interprète, pour que l'Eglise en reçoive de l'édification.

14:6 Et maintenant, frères, de quelle utilité vous serais-je, si je venais à vous parlant en langues, et si je ne vous parlais pas par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine? »

                        Celui qui parle en « langues », pensons aux langues de feu de la Pentecôte, se trouve effectivement à un niveau spirituel très élevé. Sa connaissance reste stérile si l’appel dont il fait l’objet reste sans action au profit de la communauté, de l’assemblée des hommes,  de l’Eglise.

 Revenons sur cette notion de prophète.

                        Les musulmans  considèrent Mahommet comme le dernier des prophètes du monothéisme, au sens où il termine et scelle le cycle de la révélation monothéique abrahamique.

                        Mahomet est habituellement appelé « le messager de Dieu », « le messager », « l'envoyé »),  Il est également désigné par l'expression  « le Prophète » Ces deux appellations renvoient à une distinction faite en islam entre deux catégories de personnes investies d'une mission apostolique. Les messagers de Dieu, appelés aussi envoyés de Dieu, sont, d’après la terminologie islamique, les personnages qui auraient reçu la révélation de lois abrogeant les lois des messagers précédents, avec l'ordre de le transmettre aux hommes, tandis que les prophètes auraient reçu une révélation par les mêmes voies et l'ordre de transmettre aux hommes un message du messager précédent. Adam, le premier des humains, et Mahomet, le dernier,  sont considérés l’un comme l’autre comme des prophètes messagers.

                       Selon la religion musulmane, le Coran, parole de Dieu, est, par dogme, incréé, éternel et inimitable. Le Coran affirme que la venue de Mahomet, comme prophète de l'islam pour toute l'humanité, est annoncée dans la Torah et dans l'Évangile sous le nom de Ahmad.

                      Les musulmans considèrent le coran comme une manifestation d'un attribut divin, le kalam, qui représente la capacité de Dieu à transmettre à ses prophètes certaines informations relatives au bien et au mal, à la vie et à la mort, au paradis et à  l ' enfer, ainsi qu'aux lois fixant les limites entre le licite et l'illicite. En ce sens, il est, pour les musulmans, l'expression incréée de cet attribut d'Allah adressée à l'intention de toute l'humanité, c'est-à-dire détenteur d'une vocation universelle. Certes, mais uniquement pour eux !

                     Pourquoi  nier l’action de Christ qui reste la voie, le chemin, le seul porteur de la bonne nouvelle ? Pourquoi défier Celui qui Est en déclarant la révélation accomplie alors qu’elle ne s‘est pas complètement réalisée selon sa volonté ? Ce n’est pas un sosie de Christ qui a été cloué sur la Croix, ce n’est pas Ismaël qui a remplacé Isaac, pourquoi revendiquer cela ? Le dernier Temple, Dieu construit.

 Quelles sont donc les attributs de l’Amour pour Paul ?

 « L’Amour  est patient,  plein de bonté;  n'est point envieux;  ne se vante point,  ne s'enfle point d'orgueil, ne fait rien de malhonnête, ne cherche point son intérêt,  ne s'irrite point,  ne soupçonne point le mal, ne se réjouit point de l'injustice, mais  se réjouit de la vérité Il excuse tout,  croit tout,  espère tout,  supporte tout. L’Amour ne périt jamais. » 

 Que dire de plus ?

                        Paul nous décrit un état, non une étreinte ou  attirance  émotionnelle, encore moins un sentiment hypocrite mielleux petit – marchand, « qui donne bonne conscience »   mélangé de pitié, de compassion et d’empathie tout en conservant des acquis biens mérités, pas volés qui ne doivent rien à personne. Nous devons tous individuellement atteindre cet état pour aimer, premier pas vers la perception de  l’agapè. Etat d’âme ou d’esprit ? Peu importe, l’agapè culmine plus haut, plus fort, plus beau, plus sage.

                        Paul ne le définit pas. Il donne le processus à suivre pour le prier. Agapè, modèle à imiter, impossible, voire blasphémateur ou prévaricateur, il  vient uniquement de Celui qui Est. Paul le sait très bien.

                        Etre assuré, volontaire, sincère, loyal, s’affirmer avec force dans ses convictions, sans peur, sans mièvrerie affligeante, voilà un bon profil pour celui qui veut servir au nom de l’Amour.

                        L’engagement puissant, exigeant demande de la constance, de la persévérance. Il faut brûler nos pensées, nos émotions, notre haine, notre violence, faire table rase de nos certitudes, tout remettre à zéro. Il faut faire silence. 

                        La permanence, l ‘infini, la réalité autre que le quotidien, l’immobilisme ne sont pas de cette dimension présente à nos yeux. Tout passe, rien ne s’arrête. Si la vie est celle que nous vivons, alors la mort nous prouve le contraire.

 Existe – t – il  une classification, des degrés dans l’amour ?

                        Trois mots grecs en font une, à savoir : éros (sensualité), philia ( fraternel) et agapè   ( divin, absolu). Le mot agapè était plutôt d’un emploi marginal pour les Grecs alors que pour les chrétiens éros n’a jamais été utilisé par Jésus. Jésus insiste sur l’amour amitié (philia) qui le lie à ses disciples, excepté pour Jean « le disciple aimé »  lien d’agapè. L’amour philia conduit  à l’agapè. Il doit être privilégié. L’amitié me semble plus explicite que fraternel. Ami implique peut - être plus d’amour, de compréhension que frère ? L’amour d’un ami ne va pas de soi, alors que celui d’un frère semble plus normal.  Etre l’ami de Dieu, certainement  grâce au paraclet, comme se plaisaient à le dire des chrétiens, voilà une belle amitié. De plus nous devenons les amis de Jean (15,9-17)

                         Pour les Grecs, comme pour  d’autres religions ou philosophies, l’éros était célébré comme force divine, comme communion avec le divin. Cependant, le cheminement vers l’agapè ne consiste pas simplement à se laisser dominer par l’instinct mais passe plutôt par la voie du renoncement.

                         Le christianisme n’est pas une voie de mort qui tue le plaisir  comme l’écrivait Nietzsche qui lui est mort. Le plaisir n’est que le moteur qui permet  la répétition d’actes instinctifs comme par exemple ceux liés au sexe qui semblent tellement essentiels pour l’humain. Pensez – vous que deux intelligences différentiées s’adonneraient à la pratique sexuelle entre elles si un plaisir intense n’en était pas l’aboutissement, si non, pas de reproduction.  Dans sa 1er Epître Pierre ne voit – il pas que la « Voie de l’Amour qui conduit au Royaume  éternel de Dieu » va de la Foi à l’Amour.

                        Toutefois humilité doit être gardée, l’arrogance bannie. Salomon ne l’indique –t-il pas dans son Cantique ? répétant comme un leitmotiv  «  Je vous en conjure, filles de Jérusalem,   Par les gazelles et les biches des champs,   Ne réveillez pas, ne réveillez pas l'amour,   Avant qu'elle le veuille. » 

                        Ne jamais se prendre pour ce que l’on n’est pas, toujours se le rappeler. Le vent souffle selon son bon désir. Se mettre en condition, juste se mettre en condition et le travail à accomplir est immense. S’agit-il d’éros ? Ne soyons pas comme les scribes inféodés à la loi,  en recherche de racines, les pieds trop dans la terre qui le pensent. Il s’agit juste d’un élan royal poétique, sans arrière pensée. Les nouveaux Prêtres manquent vraiment cruellement.

                         Pour ce qui concerne les degrés, contentons - nous de donner l’exemple de l’amour courtois des troubadours qui en avaient déterminé quatre, à savoir :

-          celui du soupirant

-          celui du suppliant

-          celui de l’amoureux

-          celui de l’amant

                          Les mystiques, eux  aussi ont fait de même pour le déroulement du processus initiatique :

-          séparation

-          admission

-          révélation

-          retour

 Devons nous acquérir des qualités particulières pour atteindre l’état décrit par Paul ?

 II Pierre

« 1:1 Simon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui ont reçu en partage une foi du même prix que la nôtre, par la justice de notre Dieu et du Sauveur Jésus-Christ:

1:2 que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur!

1:3 Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu,

1:4 lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise,

1:5 à cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science,

1:6 à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété,

1:7 à la piété l'amour fraternel, à l'amour fraternel la charité.

1:8 Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ.

1:9 Mais celui en qui ces choses ne sont point, est aveugle, il ne voit pas de loin, et il a mis en oubli la purification de ses anciens péchés.

1:10 C'est pourquoi, frères, appliquez-vous d'autant plus à affermir votre vocation et votre élection; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais.

1:11 C'est ainsi, en effet, que l'entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera pleinement accordée. »

                       « Celui qui Est pour Pierre est gloire et vertu. Nous devons donc fuir la corruption du monde par la convoitise. A notre foi, joignons la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patiente, à la patiente la piété, à la piété l’amour fraternel, à l’amour fraternel l’amour. »

 Ecrivons - le  différemment :

                        Grâce à notre croyance inébranlable devenons pur, de cette pureté apparaîtra la connaissance, la modération et l’humilité l’accompagneront. Devra suivre une persévérance ou une volonté à toute épreuve  qu’une ferveur entretiendra dans une douce amitié, dégagée de l’éros, dirigée vers nos semblables, ce qui nous mènera à l’état décrit par Paul.

                        Rappelons que :

                       - les vertus cardinales sont : la justice, la prudence, la force et la tempérance.

                      - les vertus théologales : la foi, l’espérance et l’amour.

 Nous atteignons cet état, et alors ?  

 Marc (12, 28-34)

« 12:28 Un des scribes, qui les avait entendus discuter, sachant que Jésus avait bien répondu aux sadducéens, s'approcha, et lui demanda: Quel est le premier de tous les commandements?

12:29 Jésus répondit: Voici le premier: Ecoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur;

12:30 et: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force.

12:31 Voici le second: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là.

12:32 Le scribe lui dit: Bien, maître; tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu'il n'y en a point d'autre que lui,

12:33 et que l'aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices.

12:34 Jésus, voyant qu'il avait répondu avec intelligence, lui dit: Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. Et personne n'osa plus lui proposer des questions »

 Que devenons – nous ?

                        Nous  sommes libérés des émotions instinctives biologiques, attributs de l’homme créature, de son ego. L’homme – créature est une prison sans avenir si nous le considérons comme une finalité en soi.

                        Nous avons appris  la transparence. Nous avons détruit l’opposition entre le collectif et l’individuel. Sans cela, comment pourrions - nous  tous être à la fois Un et Tout  sans qu’un lien d’amour nous unisse dans une communion d’une force jamais égalée.  L’Un agit lucide dans l ‘ensemble des Uns  en totale harmonie réciproque, heureux et libre dans la puissance de Celui qui Est. S’agirait-il d’une communauté d’Esprits en Esprit ?

                       Aimer son prochain, ce n’est pas  l’aimer en éprouvant de la pitié, sentiment humiliant et méprisant pour lui, ni en éprouvant de la compassion, je ne veux pas qu’il souffre, cela me met mal à l’aise, ni en éprouvant de l’empathie, je ne veux pas souffrir comme lui, mais uniquement en souffrant de sa souffrance. Sa douleur  ne m’apprend rien, ne m’apporte rien, ne me donne rien.

 Cet amour ne s’exprime – t – il  que dans la souffrance ?

                      Pas  du tout, il transcende l’amour sincère entre deux individus qui la plus part du temps  le perçoivent comme éros ou philia. Cet amour émané, nous l’aimons car il procure une telle joie et un tel bien être à l’Etre que nous en sommes ravis. Les larmes tombent des yeux.

                   Seulement dans l’éros ou le philia ? Non, partout ou existe des relations sincères sans arrière pensée.

                    Souffrir de la souffrance de mon prochain, aimer l’amour émané de mon prochain, dans les deux cas nous « aimons notre prochain comme soi même. » Celui qui Est dans sa grande miséricorde recevra –t-il cette prière en esprit et vérité ? Il ne s’agit pas d’une demande. Nous le comprenons tous. Il s’agit d’une prière d’amour. L’Etre souffre et aime comme son semblable qui  aussi aime et souffre comme lui. Si besoin est, Celui qui Est agira mais uniquement en direction de l’Etre avec parfois des répercussions dans le monde matériel.

                   Lorsque nous atteignons un tel degré dans l’Amour, alors nous pouvons espérer que l’agapè nous comprendra. Cet agapè est la Vie. Il est constructeur. Sans Lui nous ne sommes rien. De Lui tout émane. Il est notre Dieu unique et révélé, puissant et miséricordieux. 

Evangile de Thomas :

Jésus dit :

« Si la chair est venue à l’existence à cause de l’esprit,

c’est une merveille,

mais si l’esprit est venu à l’existence à cause du corps,

c’est une merveille de merveille.

Mais moi je m’émerveille de ceci :

Comment cet Etre qui Est

Peut-il habiter ce néant. »

                            Jésus ne pose  t-il pas  la seule et unique véritable question, porteuse d’espoir, de vie, d’émerveillement, d’enchantement ?

 Gloire soit rendue à son Nom !

 

Nous sommes tous entre amis. Alors !          Maranatha